Rencontre intrigante



Douzième épisode de :

ALLAR ALDIR
ou
A travers les âges

Aife

Vingt jours après avoir quitté Alfrodull, ils arrivent à l’orée d’une forêt. Eichtorn explique à Diane, que la sylve qui s’étend sur plusieurs lieues, est appelée Lýsigull. Impressionnée, elle regarde le fût des arbres. Ce sont des piliers, soutenant l’immense voûte, que forment branches et ramures. Eichtorn détache son cor de sa ceinture, et se met à sonner par trois fois.
– Pourquoi sonne-t-il ainsi ? demande Diane.
– Pour avertir les habitants de la forêt de notre présence, répond Loegairi.
– Qui habite ici ?
– Il y a encore des elfes qui y vivent.
A l’appel du cor, arrivent, descendant des arbres, cinq elfes vêtus d’une tenue moulante et sombre. Leurs épaules sont recouvertes d’une grande cape qui leur fait un semblant d’ailes pendant leur saut.
– Que venez-vous faire dans notre royaume ? demande l’un d’eux.
– Nous venons porter des messages à vos Seigneurs, dit Eichtorn. Je suis Eichtorn, fils Eltorn. Voici Diane Robbin, Loegairi, fils d’Aed et Ulgrin, fils d’Æadan, mes compagnons.
– Je suis Voeringr, fils de Tjelve, dit l’elfe en les saluant et en dévisageant Diane.
Après un instant de silence il reprend.
– Je vais vous guider vers nos Seigneurs.
Diane avec étonnement constate que les arbres qui les entourent sont de couleur dorée ainsi que leur feuillage. Elle se souvient alors, de la discussion qu’elle avait eue avec Loegairi dans les jardins d’Æadan, cela la fait sourire. Ce qui l’étonne encore plus c’est que l’hiver c’est arrêté à l’orée de la forêt. Elle a l’impression que dans ce lieu le printemps règne en maître. Leur marche dans cet antre feuillu dure une semaine. A la nuit tombante ils arrivent au pied d’une colline et continue d’avancer. A la mi-temps de ses flancs, ils sont arrêtés par une immense palissade. L’un des elfes sonne du cor. En réponse à cet appel de larges portes s’ouvrent. La compagnie entre et longe une grande allée sombre. La troupe arrive au centre de la citadelle, semble-t-il. Leurs guides les mènent au pied d’une demeure ronde. Dans l’obscurité Diane ne distingue guère l’ensemble de la bâtisse. Quatre gardes sont postés l’entrée de la résidence, c’est un escalier s’enroulant autour du bâtiment. Voeringr leur fait signe de monter. Au premier palier les voici devant une large entrée cachée derrière un rideau de perle fine. Au bout d’un couloir, ils entrent dans une salle ronde. L’éclairage de l’endroit est créé par des luminaires diffusant de la lumière, semblables à nos lampes allogènes. Les murs sont recouverts de tentures de couleur verte et argent.
Assis ou debout, sont regroupés des elfes autour d’un double trône. Un couple y est installé, les deux personnages semblent être roi et reine. En s’approchant d’eux Diane a le cœur battant. Elle reconnaît en cette souveraine, sa mère. Elle n’ose plus faire un pas et reste en retrait de la troupe. A cet instant Eichtorn prend la parole :
– Aife, Asugilas, nous vous saluons ! Je suis Eichtorn, fils d’Eltorn, mes compagnons sont, Loegairi, fils d’Aed, Ulgrin, fils Æadan et Diane Robbin.
Il fait un geste vers la compagnie. Tous s’avancent d’un pas vers le trône. La jeune femme est émue, elle ne s’attendait pas à retrouver sa mère aussi rapidement. Les elfes présents ont les yeux braqués sur elle. Des exclamations fusent de toutes parts. Sa ressemblance avec leur reine est remarquée. La dame des lieux scrute la jeune femme, qui se sent mise à nu. Elle soutient ce regard sans ciller des yeux. Aife lui demande :
– Approche, j’ai l’impression de me voir dans un miroir en te regardant cependant je ressens un autre monde autour de toi, d’où viens-tu ?
– Ce que tu dis est vrai, je viens du futur, d’un futur lointain. Mais il y a plus urgent
– Mes compagnons et moi-même…
– Laisse Diane s’exprimer, s’il te plaît Eichtorn, dit Aife en faisant signe à la jeune femme de continuer.
– Comme je le disais je dois vous dire, que le danger est autant dans ces temps-ci que dans le temps d’où je viens, reprend-elle en rougissant, gênée d’être le point de mire de tous.
Pendant qu’elle parle, un murmure s’élève dans la salle. Les elfes présents sont stupéfaits des paroles prononcées. Elle continue de regarder Aife dans les yeux. Asugilas se lève de son siège et s’approche de Diane. Il est très grand, ses cheveux sont d’un blanc argenté. Ses yeux reflètent la sagacité.
– Diane, je te remercie des renseignements que tu nous apportes. Mais nous reprendrons ce discours demain. L’heure sera beaucoup plus propice. Il faut éviter de parler des ténèbres lorsqu’il fait sombre et que la nuit est tombée.
– Tu as raison Asugilas, dit Aife. Il se fait tard, et nous nous comportons comme de mauvais hôtes. Je crois qu’il est temps pour nos messagers de se restaurer et de se reposer. Dans la lumière de l’éclat des elfes nous pourrons parler de ces graves sujets. Laissons la nuit à la nuit.
Après avoir salué hôtes et hôtesse, les compagnons se retirent.
Ils sont guidés vers un autre bâtiment où les attend un copieux repas. Tous s’installent et dégustent les mets en silence. Le repas terminé Diane s’adresse à Eichtorn.
– J’ai été stupide, j’ai mis les pieds dans le plat, n’est-ce pas ?
– Tu as été un peu vive pour exposer les faits. Personne ne t’en tiendra rigueur. Tu as tout simplement montré ton caractère. Que cela ne te chagrine pas.
Elle le remercie, se lève de table, leur souhaite une bonne nuit, quitte la salle et part se coucher. Loegairi et Eichtorn restent à table pendant qu’Ulgrin part se reposer. Les deux amis parlent entre eux de leur voyage et de la rencontre avec les Seigneurs des lieux.
– J’ai été impressionné par Diane. Il est vrai qu’elle m’a coupé l’herbe sous le pied, mais je lui pardonne. Cela doit être dur pour elle, se trouver devant une mère qui ne la reconnaît pas. En revanche, tout le monde c’est aperçu de la ressemblance qu’elles ont entre elles, j’espère
– Excuse-moi, dit Loegairi en l’interrompant. Je vais aller la voir, elle m’inquiète.
Il se lève suivi d’Eichtorn tout aussi soucieux que lui. Tous deux entrent dans la chambre où dort Diane. En voyant les joues de son amie endormie, mouillées de larmes, Loegairi soupire. Eichtorn lui pose la main sur l’épaule et l’entraîne hors de la chambre. Loegairi a du mal à s’endormir. Il ne peut s’empêcher de dire à son compagnon :
– Je suis en peine. Elle qui espérait retrouver sa mère. Je ne comprends pas comment Aife a pu se tromper en accueillant l’autre fille.
– Gardons espoir, dit Eichtorn.
– Comment faire, Aife doit absolument reconnaître Diane !
– J’ai confiance en la vérité. Lorsque le temps sera venu, c’est l’amour qui fera en sorte que la lumière se fasse dans l’esprit d’Aife, dit Eichtorn.
Sur ces mots il s’allonge sur sa couche. Tout le monde étant endormi, les lumières s’éteignent d’elle-même.

Diane se réveille la première, se lève, s’étire, sort de sa chambre et du bâtiment. Un paysage fantastique est devant elle. Elle se trouve entourée de maisons en forme d’hémisphères géants supportés par d’immenses colonnes. Toutes ont un escalier qui grimpe autour de leur pilier. Les habitations semble-t-il sont dans la grande coupole. Il y en a certaine qui ont plusieurs étages, comme la demeure d’Aife et d’Asugilas. De maison en maison, elle entend des bonjours, des chants et des rires. Elle décide de visiter les lieux et s’engage dans une allée. Sur sa gauche un sentier bordé de bosquets d’arbres en fleurs. Elle le suit et arrive près d’un ruisseau. Elle s’approche. L’eau transparente court sur les cailloux. De sa main elle effleure les vaguelettes bondissantes. Elle se remémore sa rencontre avec sa mère. Sans s’en apercevoir, elle se met à chanter la berceuse. Elle n’a pas entendu Eichtorn arriver. Il l’écoute avec émotion. Le chant terminé, il s’approche d’elle. S’entant sa présence elle se retourne.
– Bonjour ! As-tu bien dormi ?
– Très bien, merci ! Diane, où as-tu appris cette berceuse ? Elle me rappelle ma mère et mon enfance.
– A moi aussi, dit-elle tristement. Je suis peinée. J’espère qu’un jour son cœur s’ouvrira à moi. Comment pourrais-je lui dire que je l’aime ? Pire encore ! Il se trouve que la sœur d’Abi est auprès d’elle et se fait passer pour moi.
– Qui est Abi ?
– La jeune femme qui a construit la porte du temps.
– Es-tu vraiment certaine que c’est la sœur de cette personne qui est près d’Aife ?
– Oui ! Lorsque Loegairi m’a prévenue, je lui ai montré son portrait. Il l’a reconnu formellement.
– Peux-tu me le montrer ?
– Il est dans mes affaires, viens !
Revenue dans sa chambre, elle lui montre la photo de Myriel.
– Aurais-tu un portrait de ton père ? demande Eichtorn.
Diane hésite un court instant et lui montre la photo de ses parents, que Glenn lui a laissé. Eichtorn a un sursaut de surprises.
– Comme cet homme me ressemble, c’est surprenant !
– Surprenant dit Diane en écho. Puis changeant de sujet. Penses-tu que ma mère a de nouveau perdu la mémoire ? Je vois qu’elle est l’épouse d’Asugilas.
– Je pense, qu’elle se souvient que d’une infime partie de ce qu’elle a vécu à ton époque, toi. Tu dois être très prudente et ne pas brusquer les choses.
– Peux-tu me rendre le portrait de mon père, s’il te plaît ?
– Bien sûr ! Hum ! Je crois que tout le monde est levé. Moi, je dois aller saluer Asugilas.
– Attends, Æadan, nous a dit que, nous devrions protéger quelqu’un, sais-tu qui ?
– Ce n’est pas à moi de te le dire, mais tu le sauras bientôt.
Eichtorn sorti, elle s’allonge sur le lit et ferme les yeux. Elle repasse dans sa tête tout ce qui a été sa vie depuis sa démission du journal. Elle ouvre les yeux, Loegairi est là.
– Où étais-tu passée ? Je t’ai cherchée partout.
– Je me suis levée de bonne heure. J’ai rencontré Eichtorn auprès d’un ruisseau et je suis revenu avec lui, nous avons discuté. Je me suis allongée pour réfléchir. J’en suis arrivée à cette conclusion. J’ai encore une énigme à élucider. Mon père, qui est-il réellement.
– Que viens faire ton père dans cette histoire ? Mais j’y pense ! Je ne l’ai jamais vu ton père !
– Regarde comme il ressemble à Eichtorn, dit-elle en lui montrant la photo. Lorsque je suis rentrée d’Alaska, avant de vous rejoindre, j’ai fait un détour par les archives du I.C.S.I. J’ai découvert, ce qu’étaient réellement les recherches du professeur Riurus. Abi et moi, nous avons travaillé ensembles, sur ces fameuses recherches. Il est exact que les écrits du professeur, parlent d’un voyage, qu’il aurait fait dans un temps passé, et le plus horrible, d’un clonage d’une personne, qu’il aurait effectué.
– Un clonage, c’est quoi ?
– C’est une technique pour recréer un être.
– Ce n’est pas possible !
– Hélas ! Si, c’est possible. Donc, il raconte qu’il est parti dans le passé, et qu’il a sauvé la vie d’un guerrier sur un champ de bataille. Il n’a pas fait que cela, il a prélevé un peu de sang du blessé, ensuite il est reparti vers le futur pour reproduire cet homme. C’est comme cela que mon père a été créé. Glenn ne sait rien de tout cela, la vérité lui a été cachée. On lui a fabriqué une famille et un passé. Regarde, voici le portrait de Riurus.
– C’est lui le professeur ! dit Loegairi avec effroi. Crois-tu qu’il connaissait Surtr ?
– Je ne l’affirmerai pas, dans ses écrits, il est resté très évasif sur ce sujet. Mais cela ne m’étonnerait guère.
– Pourquoi aurait-il fait cette épouvantable chose ?
– Riurus travaillait pour le pouvoir et la richesse. L’ennemi a dû lui promettre les deux. Il n’avait pas prévu l’accident. Un incendie s’est déclaré dans le laboratoire, où cet apprenti sorcier a fait naître mon père. Toutes les personnes travaillant dans cet endroit périrent dans l’incendie et le professeur, lui, a mystérieusement disparu. Glenn, fut sauvé, in extremis. Les responsables du I.C.S.I. l’ont mené chez un couple de personnes, qui se sont occupées de lui. Il faut te dire que lorsque mon père est né. Il était adulte physiquement, mais il était comme un nouveau-né dans sa tête. Il est né en ayant la stature physique d’Eichtorn, au moment où son sang lui a été pris. Je pense qu’il devait avoir vingt ans. Les personnes qui sont devenues, les parents de Glenn, lui ont donné tout l’amour dont il avait besoin. Ensuite le I.C.S.I. l’a récupéré pour en faire un soldat de la paix. Le sentiment premier que mon père a eu envers les autres a été l’amour et non la haine. De plus, il est le double d’un homme brave et généreux, par ce fait, Surtr a perdu une bataille. J’attends le moment propice, pour demander à Eichtorn des précisions sur ces faits et gestes de guerre et de ses éventuelles blessures. Revenons à ma mère, pourquoi a-t-elle épousé Asugilas ?
– Au temps de sa disparition, elle lui était promise. Lorsqu’elle est revenue, il l’a épousée. Myriel est arrivée, elle a reconnu en elle, sa fille.
– Elle avait oublié la broche, dit Diane en la lui montrant accroché au revers du vêtement qu’elle porte. Il y a peut-être un espoir
– Êtes-vous prêts ? demande Eichtorn en entrant dans la chambre. Je dois vous conduire auprès de nos hôtes.

Plusieurs elfes sont assis près d’Aife et son époux. Tous les visages sont graves. Asugilas s’adresse aux arrivants.
– Vous deviez nous accompagner, et nous protéger, mon épouse et moi, pour nous mener au grand conseil. Aife ira seule chez Æadan. Je remets sa vie entre vos mains. Il me faut rester en ces lieux. C’est un lieu de paix qu’il me faut défendre contre l’ennemi.
– Nous protégerons ton épouse, dit Eichtorn.
– Oui, nous la protégerons, renchérit Diane.
– Explique-nous la vie dans le futur, demande Aife à Diane.
Diane lui décrit comment vivent les humains au troisième millénaire, Loegairi prend part à la discussion. Pour finir, elle change de sujet et leur dit avec véhémence :
– L’ennemi est bloqué pour ce qui est des voyages vers le futur. Notre grande crainte est, qu’il ait apporté des armes de l’avenir. Ce serait terrible pour les peuples vivants ici s’il s’en servait.
– Comment cela se pourrait-il ? demande Asugilas. Parle-nous encore de ce qu’il voulait faire dans le futur.
Elle leur explique de nouveau les actions de l’ennemi et termine en leur donnant son analyse des faits. Asugilas écoute avec attention. Beaucoup d’autres questions lui sont posées. Diane ainsi que Loegairi y répondent. L’étonnement des elfes va en grandissant à mesure de la narration. L’assemblée se termine.
Diane et ses compagnons restent auprès du couple royal.
– Vous serez six voyageurs. Une autre personne vous accompagnera, dit Asugilas.
Puis changeant de sujet.
– Diane, il m’a été dit que tu es une personne remplie de talents. Eichtorn nous a narré l’action que tu as faite pendant le voyage, peux-tu nous expliquer ?
– L’ennemi nous barrait la route, répond Diane. J’ai fait ce que je devais faire.
Ne donnant pas plus d’explication, elle change de sujet et demande :
– Excuse-moi, sans me montrer impolie, pourrais-je savoir qui nous accompagnera ?
– Ansuz sera du voyage, déclare Asugilas.
– Ansuz va nous accompagner, où est-il ? demande Diane.
Il arrivera demain, répond le maître de lieux.
A demain si vous le voulez bien, pour la suite …

Anny M

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2 responses to this post.

  1. rebisous a demain

    Réponse

  2. Oh très intriguant en effet ce monde des elfes.
    Et l’Halloween est passé… 😉
    Bonne fin de semaine,

    Réponse

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