De nouvelles rencontres



Dixième épisode de :

ALLAR ALDIR
ou
A travers les âges

A Alfrodull, chez Æadan

Pendant trois mois durant, ils traversent des régions montagneuses, des plaines, des forêts, franchissent des rivières, et enfin parviennent à destination sans encombre, malgré les bourrasques de vent hivernal et les chutes de neige.
La maison d’Æadan, est bâtie dans une région entourée de montagne. La combe se trouve protégée des vents d’Est, des vents d’Ouest et des vents du Nord, elle fait une enclave dans la montagne et est fermée par une rivière.
La grande bâtisse est construite dans le fond de la vallée.
– Sais-tu où nous sommes ? demande Loegairi à Diane.
– Nous arrivons chez Æadan, je suppose.
– Oui, mais encore.
– Je regarde, mais je ne vois rien d’extraordinaire à part que le paysage est magnifique. Que tu veux me faire comprendre ?
– Imagine que la montagne Thialfi soit une colline et au lieu de cette grande demeure, une grande maison entourée d’un immense jardin.
– La maison du professeur Dollenns ! C’est à cet endroit, j’avais oublié.
– Et oui, elle est là devant toi aujourd’hui. Tu vas voir comme tout est beau ici.
Quelques instants plus tard, le maître des lieux les accueille.
C’est un elfe à la chevelure longue et noire comme la nuit. Il dévisage Diane en silence ; cela la rend mal à l’aise. Il la détaille de pied en cap.
Son regard s’arrête sur la broche accrochée en guise de fermeture sur sa cape.
– Tu as là, un très beau bijou.
– Je le tiens de ma mère, répond-elle. Elle me l’a léguée.
– Je ne savais pas que ta mère était décédée, excuse-moi. Je…
– Mon père te fait dire qu’il viendra nous rejoindre bientôt, dit Loegairi en lui coupant la parole, voyant la gêne de sa compagne.
– Je m’en réjouis. Il y a bien longtemps que je ne l’ai vu. Nous sommes frères, mais nous ne nous voyons guère. Je vais vous faire conduire à vos chambres. Reposez-vous, je vous reverrai au festin de ce soir. Je ne peux rester avec vous deux. Je dois recevoir une délégation d’elfes du sud, dit-il en les saluant.
Diane est heureuse de pouvoir se délasser. Elle n’a qu’une hâte, s’allonger sur le lit, et dormir.
A la nuit tombante, on lui apporte une tenue pour la soirée. C’est une longue robe faite dans un tissu similaire à du velours vert émeraude.
La robe est ceinturée d’un ruban de fils d’or entrelacés. Elle laisse tomber ses cheveux sur ses épaules et les retient par des peignes d’argent incrustés de gemmes vertes.
Elle a chaussé de fins escarpins de la même couleur que sa robe, sur ses épaules une grande cape, d’un vert sombre la protège de la froidure de l’hiver.
Loegairi vêtu d’un habit vert foncé vient la chercher. Lorsqu’ils entrent dans la salle des festins le silence se fait, tous les regards se tournent vers elle.
– Qu’ont-ils à me regarder ainsi ? demande-t-elle à Loegairi.
– Ils te regardent, car tu es belle.
Ils s’installent à la table d’Æadan, qui leur a fait signe de s’approcher.
– Cet homme assis à la droite d’Æadan. Il me fait penser à mon père, qui est-ce ? demande-t-elle à Loegairi, une fois à table.
– C’est Eichtorn, fils Eltorn; c’est un prince. Sa famille a été une des premières à aider les elfes pendant la guerre. Pourquoi me demandes-tu ça ?
– Par curiosité, répond Diane tout en pensant en elle-même, cet homme est le sosie de Glenn, n’est pas croyable, serait-ce lui ?
Le repas terminé tous les convives se lèvent. Guidés par le maître des lieux, ils sont dirigés, en traversant maintes salles, vers les jardins où des spectacles sont organisés. Diane, curieuse, demande à Loegairi :
– Où allons-nous maintenant et que va-t-il se passer ?
– Il se trouve que ce soir, un grand feu sera allumé. Il y aura des chants et de la musique.
Elle va pour répliquer mais les voici bousculer et séparer. Arrivée dans les jardins, elle regarde les elfes s’affairer autour d’un grand bûcher.
Une fois le bois enflammé, les réjouissances commencent. Diane cherche du regard Loegairi et se retrouve nez à nez avec Eichtorn qui lui demande en la saluant :
– Bonsoir ! … tu es Diane Robbin, n’est-ce pas ?
– Et toi tu es Eichtorn, fils Eltorn. Loegairi m’a parlé de toi.
– Il m’a parlé de toi aussi. Il m’a dit que tu as une très jolie voix et que tu écris des chants. Tu devrais chanter l’un de tes chants, la soirée est faite pour cela.
– Moi, chanter, mais je n’oserais jamais.
– Et moi je crois le contraire, dit Eichtorn. Il n’attend pas sa réponse et déclare à l’assemblée d’une voix forte. Mes amis vous allez écouter cette jeune personne qui va vous interpréter un chant de sa composition, voici Diane Robbin.
Se trouvant dans l’impossibilité de refuser de chanter. Elle s’avance au milieu de l’assemblée et déclare d’une voix émue :
– Merci, merci pour cette soirée merveilleuse que vous me faites passer, cela me poing le cœur. C’est la deuxième fois dans ma courte vie que je ressens cette joie. La première fois est arrivée dans une vision que j’ai faite. En un instant je me suis retrouvée dans une forêt, j’en ai écrit ce chant.

La lune dans le ciel luit.
Sa clarté laiteuse envahit
Ma chambre. Assise dans mon lit,
J’écoute la respiration de la nuit.
La pendulette à mon chevet
Marque trois heures. Le sommeil
Ne vient pas. De ce silence, je me vêts,
Je respire, mes sens sont en éveil.
Lentement je ferme les yeux,
Les ténèbres m’envahissent.
Soudain, dans ma tête, Oh ! Dieux !
Des lueurs jaillissent !
Les lueurs se transforment en lumière
Étincelante, comme l’éclat d’un éclair.
En un instant, je suis transportée
Dans une forêt; j’en suis enchantée !
C’est une forêt d’or !
J’ouvre les yeux, mon cœur bat fort.
Tout est calme dans ma chambre,
Je ne dors pas, je tremble.
Je tremble de cette beauté entrevue,
Je respire grandement et referme les yeux.
De nouveau les ténèbres, les lueurs entrevues,
La lumière jaillissante de nouveau revenue.
Je suis dans la forêt,
Je n’ose pas bouger.
Mon regard étonné
Se pose sur les arbres dorés.
Tout baigne dans la paix.
L’air, que je respire, est frais,
J’avance, je n’entends pas le bruit de mes pas.
Regardant de plus près, je vois
Les fleurs sur le chemin,
De petites campanules.
Leurs tiges et leurs feuilles,
Je les touche de la main,
Vibrent à mon toucher,
Sont d’un brin doré,
Leurs corolles minuscules,
Sont d’un or plus clair,
Les rebords des pétales,
D’un or luminescent.
Les arbres qui m’entourent, vibrent,
Leurs feuilles, pareillement.
Elles brillent, semblables à des étoiles, tombées du firmament.
Je me relève lentement,
Je continue d’avancer,
Par le chemin guidée.
Les arbres, à mon passage,
Me semble-t-il, m’ont saluée.
J’ouvre les yeux,
Toujours dans mon lit,
Je me suis allongée.
Je ne dors pas.
J’ai vécu un instant de merveille,
Je me sens rassérénée,
A cet instant, le sommeil
Vient me trouver.
Je m’endors sereine,
Je sais ce qu’est la paix,
Il est trois heures passées !

Son chant terminé elle salue l’assemblée. Elle est chaleureusement applaudie. Loegairi s’approche d’elle et l’entraîne loin de la foule.
Arrivé près d’une petite fontaine, il déclare :
– Tu viens de décrire, une forêt que je connais bien.
– Comment peux-tu savoir ? C’est un songe que j’ai eu.
– Parce que je le sais !
– Il se peut que cette forêt soit sortie d’un rêve, simplement, dit-elle, une pointe d’irritation dans la voix.
– Heureusement que tu m’as prévenue que ton humeur pouvait changer soudainement, dit Loegairi.
– Pourquoi lorsque tout va bien, tu t’arranges toujours à me faire perdre ma bonne humeur. Te souviens-tu dans les rocheuses ? Nous nous disputions toujours pour un rien et aussi bêtement.
Elle s’adosse sur le bord de la fontaine et se met à contester. Loegairi s’approche d’elle et la prend dans ses bras :
– Pourquoi rouspètes-tu, que t’arrive-t-il ?
– Je ne sais pas ce qui m’arrive. Je me sens perturbée et fatiguée.
– Alors je sais ce qu’il te faut. Allez, viens ! Je vais te mener à ta chambre. La route a été longue et la soirée aussi, je comprends que tu sois fatiguée.
Il l’entraîne jusqu’à la porte de sa chambre, la serre dans ses bras et lui donne un baiser sur le front.
– Une bonne nuit de repos te fera du bien. Demain ta fatigue sera partie ainsi que tes soucis.
Loegairi s’en retourne vers les jardins. Un elfe s’approche de lui et lui demande de le suivre.
Quelques instants plus tard il se retrouve devant Æadan.
– Chacun de nous a eu le cœur battant lorsqu’elle est entrée; elle ressemble tellement à l’épouse Asugilas que l’on a cru un instant que c’était elle, j’ai eu la même impression lorsque vous êtes arrivés.
Loegairi lui apprend le lien qui rattache Diane à Aife et pourquoi elle se trouve à ses côtés. Æadan réfléchit un instant.
– Je comprends, mais qui est cette personne qui se fait passer pour sa fille ?
L’elfe explique alors ce qu’il sait de l’histoire de Myriel, ainsi que les recherches faites par Abi.
La discussion continue bien tard dans la nuit, entre l’oncle et le neveu.
– Demain tu pars avec Diane et Eichtorn, dit encore Æadan. Vous allez chez Asugilas et son épouse. Ils doivent participer au grand conseil; vous les protégerez lorsqu’ils viendront ici. Surtout ne dis rien à Diane sur sa mère, je veux que la surprise soit totale.
Au matin, Loegairi pousse les battants de la fenêtre de la chambre de Diane, regarde un instant la jeune femme entrain de dormir, tape dans ses mains et crie :
– Debout, il est l’heure, la soleil*, même cachée derrière les nuages, est déjà haute dans le ciel, debout !
– On ne t’a jamais dit et appris, qu’il est interdit et incorrect de profiter du sommeil d’une jeune fille, pour l’admirer, ça devient une habitude à ce que je vois, dit Diane réveillée, tout en remontant ses couvertures.
– Tu me l’as déjà dit, déclare Loegairi en riant. Pardonne-moi. Trêve de bavardages, lèves-toi vite, nous devons partir en mission.
– Comment veux-tu que, je me lève, si tu restes à la fenêtre. Où sont mes vêtements ?
– J’allais oublier, on va t’apporter ta tenue. A tout à l’heure !
La voici vêtue comme Loegairi. Ils se retrouvent une heure plus tard devant la maison. Trois chevaux les attendent. Diane curieuse demande à son compagnon :
Quelle est cette nouvelle mission ?
– Tu vas pouvoir accomplir la même tâche, que celle que tu faisais auprès d’Abi. Nous devons protéger plusieurs personnes. Eichtorn nous accompagne.
– Eichtorn nous accompagne !
Loegairi n’a pas le temps de lui répondre qu’un elfe s’approche de Diane et la prévient que le maître des lieux veut la voir.
Notre amie intriguée le suit. Æadan l’attend près de la rivière.
– Jeune fille, bientôt tu seras loin de mes murs, dit-il une fois l’elfe parti. Mais avant ton départ, j’aimerai que tu me contes ce qui est arrivé à ta mère.
– Pourquoi me poses-tu cette question ?
– Pour la bonne raison qu’une partie de toi appartient à notre peuple, si je ne me trompe. Précise-moi le nom de ta mère.
– Pourquoi te le dirais-je ? Tu es le frère d’Aed et je pense que Loegairi te l’a révélé.
– Même si cela est, j’aimerai l’entendre de ta bouche.
– Ma mère a pour nom Aife.
– Merci, je sais aussi que ton cœur est troublé par le fait, que près d’elle se trouve une jeune femme, qui se fait passer pour toi. Garde espoir, retire l’angoisse de ton cœur. Viens, je t’accompagne jusqu’à la porte; je dois encore donner quelques instructions à mon neveu.
Arrivé sur le lieu du départ, Æadan s’approche de Loegairi, le prend par le bras et l’entraîne un peu plus loin.
Eichtorn arrive suivi d’un elfe tenant un cheval de bât par la bride; la bête est chargée de bagages. Eichtorn s’approche de Diane.
– Je n’en crois pas mes yeux. J’ai l’impression d’avoir le frère de Loegairi devant moi.
– Oui, mais voilà, je ne suis pas son frère, réplique Diane en riant. Toi aussi, je vois que tu as changé de tenue, tu as mis la couleur de la nature dans tes vêtements. Tu m’as impressionnée dans ton habit hier soir.
– Les vêtements que je porte en ce moment ont vu bien des paysages. Cette cape m’a servi bien des fois de couverture, et m’a mis à l’abri des regards indiscrets. Mais dis-moi, hier soir, ce n’est pas ma tenue, que tu regardais avec tant d’intérêt, n’est-ce pas ?
– C’est vrai … tu ressembles trait pour trait à mon père.
– Je vois que cela te trouble, pourquoi ?
– Lorsque j’aurai réussi à assembler les pièces du puzzle que je suis en train de construire. Lorsque l’image sera complète, je pourrais te le dire. Pour le moment j’aime mieux garder tout cela en mon cœur.
-_Tu as bien des mystères dans ta tête jeune fille, dit-il en riant.
Eichtorn se tait. Diane ne sait que lui répondre et le détaille de la tête aux pieds. Un elfe s’approche d’elle.
– Tu as oublié ceci dans ta chambre. Il lui tend une cape bien chaude et bien épaisse.
Elle le remercie prend le vêtement et le pose sur ses épaules. Loegairi s’approche d’elle et la guide vers son cheval.
Les trois voyageurs montent en selle. Æadan dit alors :
Partez, avec dans le cœur, la joie prochaine de nos retrouvailles. Que votre route soit allégée de tous dangers.

* Le soleil est du genre féminin, chez les elfes ainsi que dans les anciennes langues scandinaves et celtes.

A demain si vous le voulez bien pour la suite …

Anny M

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2 responses to this post.

  1. Bien le bonjour
    tu es plus tot aujourd’hui
    Passe une bonne soirée bisous

    Réponse

  2. merci annie et à demain pour la suite bises

    Réponse

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