Comme mes amis les loups chantons à la lune….


Clair de Lune

A l’heure, où les bois d’aubépines,

De combe en combe au loin neigeant,

Apparaîtront dans les ravines

Comme un léger brouillard d’argent,

Nous irons dans la forêt brune,

Dans l’ombre, écouter les récits,

Que fait aux bois le clair de lune,

Ce bleuâtre amant des taillis :

Contes païens, récits épiques,

Dont les combats, tragique enfer,

Surgissent parfois noirs de piques

Au ciel brouillé des nuits d’hiver ;

Quand dans les brumes écroulées

La bise à l’horizon frileux

Entasse de pâles mêlées

D’escadrons d’astres fabuleux…

Mais ta marche hésite et tressaille

En m’écoutant, va, ne crains rien.

Le ciel d’Avril est sans bataille,

Le bois moderne est bon chrétien.

Un chasseur nimbé d’or l’habite ;

Les chênes en Mai sont bénis.

Un souffle innocent y palpite,

Le souffle adorable des nids.

La chasse errante sous la lune

De Diane et du roi païen

S’est perdue au loin sur la dune

Aux sons du cor de saint Julien.

Heureux si dans cette déroute,

Qui fait hélas ! le bois désert,

Il nous reste au bord de la route

Le grand cerf blanc de saint Hubert ;

Pourtant je me suis laissé dire

Que les nains rieurs des talus

Étaient fils du vieux dieu Satyre

Et des faunes aux reins velus.

On veut aussi que la ruine,

Pour garder un ancien trésor,

Ait dans la mousse et la bruine

Des gnomes verts couronnés d’or…

Rêve ou non ! libre à toi d’y croire.

Le bois nocturne a ses rayons

Mêlés de légende et d’histoire

Et des fables pour papillons.

Qui sait ? Dans l’herbe lumineuse

Tramant des encensoirs d’argent,

Verrons-nous passer sous l’yeuse

Le cortège de la Saint-Jean ?

Avec ses basses, ses violes

Fredonnant dans l’air tiède et pur,

Et ses diacres en étoles,

Tachant d’or clair le bois obscur ;

Ses vierges d’iris bleus coiffées,

Portant des rameaux de buis vert,

Dont Shakespeare eût fait des fées,

Platon des nymphes à l’oeil clair.

Écartant sur leurs pas les branches,

Nous verrons leurs manteaux de lin

Et l’ourlet de leurs robes blanches

Se perdre au tournant du chemin,

Et, dans la clairière irisée,

Le long des verts taillis mouillés,

Nous reviendrons dans la rosée,

De notre rêve émerveillés !

Jean LORRAIN (1855-1906)

YouTube – Clair de Lune

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7 responses to this post.

  1. Sous l’Ombre en Veines, d’un Clair de LuneAvancent au Loin, d’étranges ClameursPortant les Sons Anciens, en graves de RunesDéchirant la Nuit , d’un Mélange d’HumeursCortège de Minuit, par de Simples AmateursFeux Follets , Fées Jolies et des Elfes de ChoeursDansent comme épris de Folie, sur le Fer de l’enclume

    Réponse

  2. merci de ce beau poème !Bisous tendresseAnnie

    Réponse

  3. Posted by Yorky-Lou V. on 24 septembre 2010 at 23 h 40 min

    Beau Poeme. Biz de la nuit yLOu.

    Réponse

  4. Posted by annie on 25 septembre 2010 at 7 h 18 min

    au clair de la lune ! là je suis au clair du soleil ! je me suis rendormi jsqu’à 8h : bisous

    Réponse

  5. Posted by Sans LE I on 25 septembre 2010 at 15 h 08 min

    Très belle lecture, mais pas le temps de lire tout!! en plus des beaux petits poèmes de Néotendresse

    Réponse

  6. Posted by Mamily on 26 septembre 2010 at 2 h 02 min

    Magnifique poème Annie!! Oui chantons à la lune mon amie xxxx

    Réponse

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